Le biais du survivant pour réduire les erreurs coûteuses.

Ceux qui vous disent "j'ai réussi grâce à mon plan d'action" ou "Il faut avoir un objectif smart pour réussir votre projet" vous mènent en bateau ou alors... ils ne connaissent pas le biais du survivant.

Comprendre le biais du survivant vous permettra d'éviter les erreurs coûteuses...

Avant d'entrer dans détailler ce biais populaire, un petit rappel: j'écris des articles sur Organisologie.com depuis 2017. Je me suis surtout concentré à parler d'outils d'organisation et de systèmes.

Désormais (et après avoir lu et pratiqué) je descends dans l'étage de la pyramide de l'Organisologie. On va petit à petit parler de stratégie.

Pour formuler une stratégie (identifier les chemins à ne pas prendre... et ceux à essayer) il est important de comprendre la notion suivante:

Les biais cognitifs et les modèles mentaux.

Biais du survivant

Les biais cognitifs

Pour comprendre les biais cognitifs, l'idée suivante m'a beaucoup aidé:

Ce que vous percevez de la réalité n'est pas la réalité.


Si vous fermez les yeux et que vous pensez à ce que vous avez mangé hier, vous aurez une image mentale qui n'est rien d'autre qu'une réduction de la réalité. Simplement parce que le repas en question n'est pas dans votre tête.

C'est ce qui se cache derrière "la carte n'est pas le territoire".

Quand on réduit quelque chose, quelque chose doit être supprimé pour que cela tienne dans ce nouveau format.

Et c'est dans ces réductions que logent la plupart des biais cognitifs.

Voici quelques biais très connus (qu'on aura l'occasion de réaborder).

  • Le biais de confirmation- ce biais vous pousse à privilégier les informations qui viennent soutenir vos croyances existantes. On se souvient de Daniel Kahneman qui dit "notre cerveau est une machine à sauter sur les conclusions".
  • L'effet de simple exposition - Avoir été exposé à une information rend celle-ci plus positive lors d'une seconde exposition. Concrètement, face à un problème vous commencerez par chercher l'information la plus positive (la plus facilement accessible) et non la plus adaptée à votre situation.
  • Le biais égocentrique - il s'agit de notre tendance à se juger sur un meilleur jour que la réalité.
  • Le biais de l'optimisme - tendance à croire que les plans se dérouleront bien (le fumeur qui croit que le cancer ne le touchera pas).

Les modèles mentaux

Un modèle mental est une représentation du fonctionnement d'une partie de notre monde (d'un concept, d'un phénomène, d'une dynamique).

Parce que nous n'avons pas les capacités de perpétuellement analyser la meilleure façon d'agir dans notre quotidien, nous basons nos décisions et nos comportements sur des modèles mentaux qui permettent d'obtenir des résultats satisfaisants par rapport aux ressources investies pour obtenir ce résultat.

Le psychologue Abraham Maslow est connu pour son analogie parlante concernant les modèles mentaux:

Si le seul outil que vous possédez est un marteau, tous vos problèmes ressembleront à des clous.
Le marteau de Maslow

Ainsi, en apprenant à débusquer vos biais cognitifs et à développer des modèles mentaux, vous développez vos outils mentaux. Et vous êtes (théoriquement) en mesure de réduire les grosses erreurs.

Je vous assure que j'aurai voulu connaître ça plus tôt.

Et je vous recommande, plutôt que de vouloir d'atteindre des résultats hors du commun, par délibérément réduire les erreurs que vous faites au quotidien. Je ne suis pas le premier ni le dernier à le dire.

It's remarkable how much long-term advantage people like us have gotten by trying to be consistently not stupid, instead of trying to be very intelligent." - Charlie Munger

(C'est remarquable les avantages long terme que l'on obtient en cherchant constamment à ne pas être stupide plutôt que d'être très intelligent.)

Le biais du survivant en bref

Le biais du survivant est un biais de sélection.


Il consiste à surévaluer l'efficacité d'une méthode en se focalisant sur ceux qui ont utilisé cette méthode avec succès (et en ignorant ceux qui ont utilisé la même méthode en échouant).

Pourquoi est-ce facile de tomber dans ce piège?

1. Parce que nous sommes soumis à la loi du moindre effort.

Nous cherchons constamment à économiser nos ressources pour avoir de la réserve lorsque la situation devient plus contraignante.

Dans notre monde numérique, ce sont les extrêmes qui sont mis en avant par les médias afin d'avoir notre attention. La norme est ennuyeuse (pourtant c'est la norme).

La norme est ennuyeuse

Quand on voit un entrepreneur qui explique comment il a réussi (alors que la chance a joué un rôle important) on a envie de croire à ce qu'il nous raconte... et connaître la vérité nécessite de voir ce qui ne nous est pas présenté. 

Par exemple, les autres entrepreneurs qui ont appliqué les mêmes méthodes mais qui, sans le facteur chance, se sont retrouvés sous les ponts.

  • Quand on entend une personne qui nous dit "j'ai réussi grâce à mon plan d'action" on ne voit pas toutes les autres personnes qui se sont plantés en utilisant un plan d'action.
  • Quand on lit dans les journaux les prouesses d'une personne qui a perdu beaucoup de poids... grâce aux objectifs smart... on ne voit pas toutes les personnes qui n'ont pas perdu de poids en utilisant un objectif smart.

Pour mieux comprendre ce biais (et surtout vous en souvenir), il y a une histoire intéressante...

La seconde Guerre Mondiale et le mathématicien Abraham Wald

Abraham Wald est un mathématicien.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, on lui a demandé d'aider la Royal Air Force en analysant les impacts des balles qui se trouvaient sur les avions qui revenaient du combat.

Le but?

Protéger ces zones contre les impacts des balles ennemies. C'est la conclusion logique.

Mais plutôt que de protéger les zones touchées des avions qui étaient revenus à la base, Abraham a recommandé de protéger les zones des avions revenus qui n'étaient pas touchés par les balles des avions.

Abraham a pris en considération ce que les autres ne voyaient pas et en le résumant de la manière suivante: Messieurs, vous devez placer plus de protections là où il n'y a pas de trous. Car c'est là que se trouvent les trous des avions qui ne sont pas revenus.

Comment réduire les effets du biais du survivant?

Cherchez des contre-exemples et évitez de baser vos décisions sur les exceptions. Apprenez à voir ce qui ne se voit pas. Apprenez à entendre ce qui ne se dit pas.

Concentrez-vous plutôt sur la norme pour baser votre stratégie plutôt que le sensationnel.
Concentrez-vous sur ce qui a souvent fonctionné.

Exercice pratique

Disons que vous êtes en train de choisir un coach pour vous aider à surmonter les obstacles que vous rencontrez dans votre business.

Vous avez au choix:

  • A: un type qui a réussi une fois à créer un gros business en ligne. Il a une grande communauté et génère entre 50 et 100'000 euros par an.
  • B: un type qui a réussi plusieurs fois à créer de petits business en ligne. Certains ont fait faillite. D'autres génèrent entre 5 et 20'000 euros par mois.


Qui allez-vous prendre pour vous aider au quotidien?


Pour ma part je me choisirais le type B si on se base uniquement sur ses connaissances. Et s'il me dit que parfois il ne sait pas pourquoi cela fonctionne... et qu'en plus il a eu de la chance, alors là, je signe tout de suite.

Parce que qu'il me semble qu'il a compris le rôle de la chance.

Et parce qu'il a compris le rôle de la chance, il basera son approche sur l'itération, sur le test plutôt que d'y aller à fond à 100%.

Certes, il y a d'autres critères à considérer et peut-être que le coach A est bien conscient de sa chance. C'est pour cette raison qu'un seul critère n'est pas suffisant pour décider, surtout si c'est une décision long terme et encore plus... s'il est difficile de se désengager de votre décision.

Il est difficile d'isoler les biais cognitifs...

... et le biais du survivant n'échappe pas à cette tendance. Souvenez-vous que celui-ci existe. Souvenez-vous de chercher des contre-exemples et regardez là où les gens ne regardent pas.

C'est moins rapide. C'est moins sexy.

C'est moins intuitif.

Mais cela vous permettra de réduire (je l'espère pour vous) les erreurs coûteuses.

Julien

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