Fatigue décisionnelle : 2 pratiques testées pour y mettre fin

La fatigue décisionnelle est un phénomène désignant l'incapacité à prendre une décision après avoir été exposé à une trop grande quantité d'informations (souvent provenant de sources différentes). Le générateur de la fatigue décisionnelle s'appelle : le biais de l'information.

Le biais de l’information consiste à penser que plus on consomme de l'information et plus une décision est facile à prendre.

Plus d’information = moins d’incertitudes

Et nous avons tous concerné par ce biais de l'information. En 1988, une étude¹ a démontré que même les médecins tombent dans ce biais. Une patiente pouvait avoir 3 pathologies (aux conséquences semblables), avec les probabilités suivantes :

  • Pathologie A - 80%
  • Pathologie B et C - 20%

Les médecins ont décidé de prescrire un autre examen coûteux pour départager B et C alors que cela n'avait aucune incidence sur la probabilité de la pathologie A. 

Pas besoin d'avoir un prix Nobel en mathématique pour comprendre que l'examen supplémentaire ne change rien à la décision finale : la patiente doit être traitée pour la pathologie A. pourtant, une grande partie des médecins ont décidé d'effectuer l'examen complémentaire.

La conséquence ? Pour lancer votre activité, pour prendre une décision, vous consommez de l’information (livres, personnes, conférences, vidéos, podcasts).

En pensant que vos recherches vous mèneront à un moment de type « Eureka ». Après cette épiphanie, vous connaissez la meilleure décision à prendre, vous êtes serein et vous déroulez le plan d'action.

Naturellement le biais d'information est trompeur

Dans la réalité, le biais d'information nous fait douter et procrastiner. Plus il y a d’options et d’avis contradictoires, plus la fatigue décisionnelle augmente.

Pour s’en échapper, nous tentons de consommer encore plus d’informations, ce qui nous fait tomber dans l’infobésité. Mais cela ne fonctionne pas... le problème empire.

Pour s'en sortir, nous prenons des décisions à l'intuition, en écoutant nos tripes (ou notre cœur) et en ignorant les informations collectées jusqu'ici. Ou alors nous prenons des décisions trop tard... de manière hâtive, dans un environnement qui ne correspond plus à celui que nous avons étudié.

Si vous me lisez, vous le savez : la différence entre le bien et le mal est une question de dosage (tomber d'une chaise VS tomber du cinquième).

Et pour l’information, le dosage est certes important, mais la notion de qualité l'est encore plus. Donc...

Comment réduire la fatigue décisionnelle ?

Ce qui permet de réduire l’incertitude, la fatigue décisionnelle et de mieux gérer la surcharge d’informations est de faire la différence entre l’information et l’information pertinente. Entre le bruit et le signal.

Ce qui nous amène à la question qui a occupé mes neurones durant de nombreuses balades : qu'est-ce qu'une information pertinente ?

Comment savoir qui écouter à l'heure où la personne qui maîtrise le marketing et les règles des algorithmes est bien plus visible et populaire qu'un spécialiste qui a passé sa vie à maîtriser un sujet ?

Comment, à l'heure de la fake news et de l'intelligence artificielle, savoir qui écouter ?

Dans la suite de cet article, je partage avec vous le processus que j'utilise pour réduire le bruit (l'information non relevante) et mieux identifier le signal (l'information pertinente).

Commençons par la première pratique :

Première pratique : Identifier quand je dois ralentir pour chercher de l'information pertinente

"Quand vais-je fournir plus d'efforts pour chercher de l'information pertinente ?" est une question importante. 

Dans les deux décisions présentées ci-dessous, laquelle nécessite une réflexion plus approfondie ?

  1. Décider quel film regarder le samedi soir ?
  2. Décider si je me fais opérer d'un kyste étrange détecté sur l'un de mes reins lors d'un contrôle médical

Vous le savez intuitivement : la deuxième option nécessite plus de recherches.

Mais pourquoi ? Car dans la vraie vie, la différence entre les décisions que nous devons prendre est rarement aussi nette.

Attendons un peu avant de parler de probabilités. Celles-ci sont difficiles à mesurer et ne veulent pas dire grand-chose pour un individu isolé. Je préfère penser aux conséquences négatives possibles... (qui sont plus faciles à imaginer).

  • Conséquence négative possible d'une opération : infection, souffrance, mort.
  • Conséquence négative possible de ne pas se faire opérer : kyste cancéreux, métastase, souffrance, mort.

Dans cet exemple, vous sentez bien qu'il va falloir fournir des efforts pour trouver de l'information pertinente, et éviter le bruit.

Ainsi, ce qui m’aide à définir la quantité d’efforts fournis pour chercher de l’information pertinente se résume en une matrice.

D’un côté, vous avez les conséquences de la décision / action (ou non-action)

De l’autre, la réversibilité de la décision / action (non-action).

J’en parle dans mon livre En finir avec l’infobésité.

Si la conséquence de ma décision est irréversible et peut avoir des conséquences importantes désastreuses sur ma vie, vous l’avez deviné, je ralentis et je fournis plus d’efforts pour chercher de l’information pertinente.

Je vais aussi m'intéresser aux probabilités basées sur des expériences passées (sur les personnes qui se sont fait enlever un kyste sur les reins les 2 dernières années, combien ont survécu, combien sont mortes et quelles sont les complications qui sont survenues chez les survivants?)

Cela ne veut pas dire que la décision sera facile à prendre, car au final c'est des chiffres et qu'une bonne décision peut mener un mauvais résultat (dans un environnement impermanent, nous contrôlons le processus décisionnel, mais pas le résultat). Mais au moins, j'ai cette première information qui m'aide à identifier qu'ICI, il faut ralentir et prendre du temps pour chercher de l'information pertinente.

La bonne nouvelle ?

Cette matrice m'aide aussi à accélérer la commande de ma pizza du samedi soir, les habits que je porte et la série Netflix.

Cela m'aide aussi à accélérer sur le freelance avec qui je vais travailler (au pire je perds un peu d'argent et de temps).

Cela m'aide à envoyer mon livre à mon éditeur dans les temps, sans tomber dans un perfectionnisme sans fin (les critiques sont de toute manière hors de mon contrôle et ne vont pas me tuer). Et au pire, personne ne se souviendra de mon livre, au mieux, il y aura une nouvelle édition dans quelque temps.

Une fois que vous identifiez les situations où vous devez délibérément chercher de l'information pertinente... vous vous demanderez peut-être :

Deuxième pratique : identifier l’information fiable pour réduire la fatigue décisionnelle

Edgar Morin donne un excellent conseil dans son livre Leçons d'un siècle de vie, afin d'être mieux informé : avoir plusieurs sources et avis différents sur un même sujet.

Si vous deviez retenir qu'un point pour être mieux informé, c'est celui-ci. Mais cela ne résout pas le problème de la quantité (demander un avis à trop de personnes est un bon moyen de se perdre).

Et surtout il y a d'autres points que je garde à l'esprit quand je tente de récupérer de l'information pertinente. Les voici :

1. Une information fiable provient d'une source adaptée.

Cette source est une personne qui a, à plusieurs reprises, dans un contexte similaire au vôtre, réussi à obtenir ce que vous recherchez à obtenir.

Ce point mérite d'être détaillé.

À plusieurs reprises : cela vous permet de réduire le facteur chance. Une personne qui réussit un business et qui surfe sur la vague de la popularité obtenue depuis aura une information moins pertinente à vous donner qu’une personne qui a créé plusieurs business avec des succès intéressants, mais moins populaires.

Le premier a peut-être eu de la chance (il ne l’avouera pas : on blâme les circonstances et les autres pour nos malheurs, et nos compétences pour nos réussites). Jetez un oeil au biais du survivant.

Le deuxième a probablement mieux compris comment créer un business. Vu qu'il a reproduit le résultat à plusieurs reprises.

Dans un contexte similaire : soigner une personne en 1900 n’a rien à voir avec les traitements disponibles et appliqués en 2023. Faire des pubs sur Facebook en 2012 n’a rien à voir avec les bonnes pratiques en 2023.

L’information fiable a une durée de vie. Mais aussi une géolocalisation (l'eau des rivières suisses est souvent potable, à moins d'avoir un animal mort en amont... alors que l'eau des rivières en Indonésie ? J'éviterais). Et des attributs propres à la source (son charisme, son intelligence, son physique).

En gros, si un physique à la Brad Pitt vous dit que pour séduire des femmes il suffit d’aller dans un bar, d’avoir un peu de conversation, et d’approcher des femmes… Quasimodo n’aura pas le même succès en suivant à la lettre ses conseils. Même s’ils vont dans les mêmes bars, à la même époque, en s’habillant de la même manière.

Donc, contexte le plus similaire au vôtre, par une personne similaire à vous (ou moins bien lotie) et plusieurs tentatives réussies.

2. L’information fiable m’éclaire sur ses limites

La source qui me partage l’information est en mesure de me donner les contextes où cette information n’a pas fonctionné et n'est pas applicable.

Si elle n'a pas cette information, soit elle tente de me manipuler, soit elle a eu de la chance, soit elle a une mauvaise mémoire, ce qui n'est pas bon signe.

3. L’information fiable ne vient pas à moi

C’est une règle du pouce pratique : je dois utiliser des ressources (argent, énergie, temps) pour trouver l’information pertinente.

L’information qui vient à moi sans me demander mon accord (pub dans la boîte aux lettres, 20minutes dans les gares, e-mail des vendeurs qui vous promettent un max de fric en passant par le CPF) m’est probablement moins utile que l’information qui me laisse tranquille.

Cela ne veut pas dire que l'information gratuite n'est pas de bonne qualité, mais cela doit éveiller votre attention sur une question intéressante : il gagne comment sa vie ce type ?

Faut-il uniquement viser l’information fiable et pertinente et renoncer aux découvertes hasardeuses ?

Non, je pense qu’une partie de nos vagabondages doit être de la pure exploration, car nous ne savons pas ce que nous ne savons pas, et pour découvrir des choses que nous ignorons ignorer, il est important de se faire surprendre.

La lecture nous fait gagner du temps (mais nous permet aussi de découvrir d'autres choses dont nous ignorions totalement l'existence)... c'est la joie du Net, des bons livres et de leurs bibliographies : suivre les informations qui titillent nos intérêts du moment...

Comment gérer les probabilités ?

En prenant une décision, concentrez-vous sur les conséquences (que vous pouvez connaître) plutôt que sur les probabilités (que vous ne pouvez pas connaître). - Nassim Taleb

Je ne vais pas m'avancer dans une thématique que je ne maîtrise pas suffisamment. Mais si je reprends l'exemple du kyste, voici comment je m'y prendrais :

1. Consulter 2-3 spécialistes (si possible un fan du scalpel et un fan de la non-action)

2. Leur demander, pour les deux cas (opération / non-opération), les données concernant : survie sans séquelles, survie avec complication, mort.

3. Choisir ce qui me convient le mieux.

4. Lire du stoïcisme.

Au final, nous en revenons toujours à la capacité de maîtriser nos jugements (notamment celui de la mort, de la pauvreté et de l'exclusion).

Si vous pensez que c'est une manière facile de noyer le poisson de la probabilité, je vous invite à lire le livre The Black Swan de Nassim Nicholas Taleb. Vous découvrirez que sa conclusion porte sur le même sujet que la mienne : le stoïcisme.

Et vous, que faites-vous pour différencier l'information pertinente de l'information non pertinente ? Dites-le-nous sur la vidéo YouTube.

Julien 

Sources 

¹ Jonathan Baron, Jane Beattie et John Hershey, « Heuristics and biases in diagnostic reasoning », Organizational Behavior and Human Decision Processes, 1988, 42 (1), p 88–110

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