Visualisation négative : l’art de continuer à désirer ce que l’on possède

La visualisation négative prend à contre-pied la pensée positive et la gratitude. Pourtant, en la pratiquant, vous reprendrez le contrôle sur l'adaptation hédonique: cette tendance à toujours vouloir plus et à ne pas être satisfait de ce que vous avez... 

Sans oublier que vous augmenterez votre satisfaction quotidienne bien avant d'avoir atteint votre objectif. Cela en fait un exercice mental très intéressant pour réduire l'attente (parfois frustrante) liée aux objectifs.

Le texte qui suit est inspiré par un livre sur le stoïcisme "A guide to a good life"

J'y ai ajouté des anecdotes et une connexion avec un passage pertinent du livre "The paradoxe of choice". C'est parti!

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Vous pratiquez déjà la visualisation négative...

Quand vous pensez au pire qui puisse vous arrivez.

Le but est de prévenir une partie de ces choses d'arriver. Par exemple, on se demande comment un voleur peut entrer chez nous afin de mettre en place un dispositif de sécurité.

Mais même en faisant tout ce qui est en notre possible pour se protéger des catastrophes, certaines arriveront tout de même.

Et si nous pensons à ces événements, leurs effets sur nous seront moins importants.

Comme dirait Héraclite : Attendez-vous à l'inattendu

Si nous pensons que certaines choses seront toujours là, nous serons fortement touchés quand ces choses nous seront retirées.

Une autre raison de pratiquer la visualisation négative est que nous sommes insatiables

Après avoir travaillé dur pour obtenir l'objet de nos désirs, nous perdons intérêts dans cet objet. Et nous nous sentons ennuyés. Et nous nous mettons à poursuivre un nouveau désir... encore plus grand.

Il s'agit de l'adaptation hédonique. Notre point de référence s'adapte au gré des réussites, mais notre désir du nouveau reste intact.

Adaptation hédonique et tapis de course hédonique

Des chercheurs ont demandé à des gagnants de loterie de noter leur niveau de bonheur après une année. Certains avaient gagné 50'000€ d'autres 1'000'000.


Leur niveau de bonheur était similaire. Et leur niveau de bonheur n'était pas supérieur à ceux des gens qui n'avaient pas gagné à la loterie.

L'adaptation hédonique se produit pour deux raisons:

  1. Les gens s'habituent à leur environnement
    2. Le nouveau standard rend insipide les plaisirs précédents

Le problème est que le plaisir se transforme rapidement en confort.
Et les gens veulent du plaisir, pas du confort.

Que font les gens face à cette adaptation?

Toujours plus.
Plus de plaisirs.
Plus de nouveautés.

Et les gens rentrent sur le tapis de course de l'adaptation hédonique. Peu importe la vitesse à laquelle ils courent, le tapis s'adapte à leurs efforts.

Plus insidieux que le tapis de course hédonique ? Le tapis de course de la satisfaction. 

Mis en avant par Daniel Kahneman, ce phénomène ne concerne pas uniquement notre adaptation à la nouveauté et au plaisir, mais à notre niveau de satisfaction. Si vous arrivez gérer votre niveau de satisfaction à +20  degrés (en prenant des décisions) rapidement, + 20 degrés ne seront plus suffisants. Il vous faudra +30 degrés.

Résultat?

Les gens se trouvent sur un tapis de course à toujours vouloir plus.

Comment savoir si vous êtes sur ce tapis de course? C'est simple, vous dites "quand j'aurai ceci / quand j'aurai fait cela... alors je serais satisfait / content / heureux".

L'une des clés du bien-être est de devancer le processus d'adaptation hédonique

Comment? En faisant le nécessaire pour nous empêcher de croire que ce que l'on a est garanti.

Beaucoup de choses étaient désirées... y compris notre voiture, notre épouse, nos enfants et notre maison... mais on s'y habitue.

Et à travers le monde, ceux qui se sont penchés sur le fonctionnement du désir ont reconnu que la manière la plus facile d'être heureux et d'apprendre à désirer ce que l'on a déjà.
 
Comment faire donc?

En prenant du temps en s'imaginant avoir perdu ce que nous apprécions. Probablement l'une des techniques les plus puissantes du stoïcisme.

S'imaginer dire au revoir à notre ami pour la dernière fois.
S'imaginer perdre notre conjoint. Notre enfant.
En faisant cet exercice, le présent devient bien plus gai.

Il est également recommandé d'imaginer vivre notre dernier jour, notre dernière heure, notre dernier souffle. Pas dans le but de changer de comportement, mais de changer d'état d'esprit.

De plus, plutôt que penser à ce que l'on a pas, il est plus important de réfléchir à ce que l'on a... et comment on se sentirait si ces choses, relations, capacités (de voir, entendre, parler) et comportements n'étaient pas dans notre vie.

Et que faire si votre vie n'est déjà pas satisfaisante? Vous pouvez toujours la rendre moins satisfaisante. 

L'idée n'est pas de dire que si votre vie n'est pas satisfaisante, la pratique de la visualisation négative transformera celle-ci. Mais plutôt que cette pratique rendra votre vie insatisfaisante moins pénible.

Les stoïciens vont chercher à améliorer objectivement leur quotidien... mais rendre celui-ci subjectivement plus satisfaisant le temps d'y parvenir.

Les bénéfices des catastrophes

La plupart des gens ne se rendent plus compte de la valeur des choses importantes de leur quotidien. Jusqu'à ce qu'une catastrophe les réveille...

Par exemple une tornade emporte leur maison. Cela a des conséquences désastreuses, mais les survivants vont se remettre à évaluer les choses de leur quotidien. Plus généralement, les guerres, les maladies et les événements tragiques ont le pouvoir de transformer l'interprétation de ce qui nous arrive.

Mais les transformations dues aux catastrophes ont des désavantages:

  1. On ne peut pas les contrôler
    2. On peut mourir
    3. Les effets disparaissent à cause de l'adaptation hédonique. 

Un survivant va peut-être passer beaucoup de temps avec sa femme... mais ensuite va revenir à la normale..

La visualisation négative n'a pas ces désavantages.
C'est donc une excellente pratique pour apprécier la vie.

Beaucoup de gens objectivement malchanceux sont bien plus heureux que des gens qui objectivement ont tout.

Si l'on rencontre des difficultés à visualiser négativement notre vie, nous pouvons commencer par regarder les catastrophes qui arrivent aux autres et nous imaginer à leur place. Ou faire des recherches sur le quotidien de nos ancêtres.

On peut également s'imaginer que les mauvaises choses qui arrivent à nous arrivent aux autres. 

Épictète parle de visualisation projective.

Si on laisse tomber notre smartphone et que celui-ci se brise, notre tranquillité peut être menacée. On peut alors se demander comment on se sentirait si cela arrivait à une autre personne. Cette pratique nous permet de prendre de la distance avec ce qui nous arrive.

Un point important à réaliser: la pratique de la visualisation négative n'est pas constante. 

Les stoïques apprécient ce qu'ils ont, mais parfois, au cours de leur journée, ils prennent du temps pour visualiser ces choses disparaître de leur quotidien.

Pour finir, il y a une différence entre contempler comme une mauvaise chose pourrait survenir... et se faire du souci à propos de celle-ci.

Un météorologue peut contempler une tempête sans se faire du souci que celle-ci le tue.

La visualisation négative

Une objection fréquente est de se dire "si je n'apprécie pas quelque chose, je n'aurais pas de douleur en perdant cette chose". En évitant de faire de la visualisation négative, je n'augmente pas la valeur de ce que j'ai... et la perte de ce que je possède sera moins douloureuse.

Mais c'est oublier le fait que l'humain est très sensible aux pertes. Les gens se noient de regret en perdant ce qui ne peut revenir, visualisation négative ou non.

En faisant de la visualisation négative, nous profitons plus de ce qui est important dans notre quotidien, et en cas de pertes, ces comportements nous permettent de réduire le regret et le chagrin de ces pertes.

En pratiquant la visualisation négative, nous observons l'impermanence du monde 

Et nous restons un utilisateur et non un esclave de ce que le destin nous offre.
Cette pratique nous apprend à profiter de ce que nous avons sans nous y accrocher.

Pour terminer, les similitudes entre bouddhisme et stoïcisme sont importantes. L'impermanence est décrite par Sénèque quand il dit tout ce qui est humain à une courte vie et est périssable.

Marc Aurèle explique que le changement va nous priver de ce qui nous ravit. Le changement permanent n'est pas un accident, mais une composante essentielle du monde qui nous entoure.

Gardons à l'esprit que ce que nous chérissons et les gens qu’aimons vont un jour disparaître. 

Si ce n'est pas par hasard, ce sera notre propre mort. Il y aura un moment où vous boirez votre dernier café, votre dernière visite chez le coiffeur, votre dernier brossage de dents.

Une dernière fois où vous entendez la neige tomber, une dernière fois où vous ferez l'amour, une dernière fois où vous sentirez l'odeur du popcorn. Un dernier souffle.

Parfois la vie nous offre la chance de réaliser que c'est la dernière fois: notre amant prend l'avion pour aller vivre ailleurs. Notre restaurant favori ferme demain...

Mais en nous forçant de contempler l'impermanence de tout ce qui nous entoure, nous sommes forcés de reconnaître que tout ce que l'on fait peut être la dernière fois.

Et cette reconnaissance peut changer fondamentalement la manière dont nous percevons cette expérience.

Nous cesserons de somnambuler heure après heure.

Julien

PS: Je pratique la visualisation négative tous les jours (ou presque) durant ma session de journaling.

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