Méthode d'organisation · Actualisé:

Le Cerveau Agentique

Cerveau Agentique = cet espace en entreprise dans lequel collaboreront humains et IA.

Le Cerveau Agentique
Cerveau Biologie -> Numérique -> Agentique

Entre 2022 et 2025, l'enjeu était de travailler avec l'IA. Répondre à un email, générer des idées, trouver des idées de titres, faire des présentations, etc.

Fin 2025 et début 2026, la nouvelle question est :

comment manager un agent IA autonome qui peut travailler sans mon intervention...

... et ceci de plus en plus longtemps ?

Ce que ce graphe dit concrètement

En 2019-2023, les modèles (GPT-2 à GPT-4) pouvaient compléter des tâches de moins de 30 minutes avec 50% de chance de succès. Autrement dit : des tâches très simples, très courtes.

À partir de 2024, la courbe décolle. Et en 2025, Claude Opus 4.6 atteint 12 heures.

Ce qui signifie qu'il peut compléter des tâches qui prendraient une journée et demie à un humain, avec une chance sur deux de réussir sans intervention.

Avant on faisait avec les IA.
Aujourd'hui, on fait faire le travail à des IA.

Pendant que j'anime un live sur l'IA, mon agent IA (Alfred) répond à mes emails.

Et c'est qu'un aperçu de ce qui nous attend. Et dans une entreprise, cet espace dans lequel collaboreront humains et IA, est ce que je nomme...

Le Cerveau Agentique

Expertise collective externalisée X contexte X IA = Cerveau Agentique

Je vous vois froncer les sourcils.

Imaginez ce scénario : Marc va démarrer dans votre entreprise.

Son agent IA le contact sur WhatsApp, 2 semaines avant de démarrer pour lui demander comment il va... et lui souhaiter la bienvenue.

Il lui pose des questions pour en savoir plus sur ses préférences, son parcours, ses valeurs, ses passions. Ces informations viennent compléter une fiche qui se trouve dans les données structurées de l'entreprise (Cerveau Agentique).

Quelques temps plus tard, Marc travaille sur une tâche spécifique et son agent lui propose une checkliste (de l'expertise externalisée) qui lui permet d'aller plus vite.

Plus tard, son agent IA réalise que Marc travaille sur une tâche qui n'est pas "checklistée" dans la base de données. Il propose à Marc de créer une checkliste en suivant des instructions permettant d'extraire l'expertise tacite.

On voit que dans ce scénario il y a une interaction bidirectionnelle entre le Cerveau Agentique de l'entreprise et LES collaborateurs.

Je montre une démo vidéo en bas de cet article, extraite de mon live "Cerveau Numérique x IA" du 10 avril 2026. Rien de fou fou, mais ça donne une idée.

Ce qui prend du temps, ce n'est pas l'installation du Cerveau Agentique. C'est l'extraction de l'expertise, parce qu'une grande partie de l'expertise est tacite.

Cartographie.
Checkliste.

Rien de nouveau, mais l'importance de la démarche s'est amplifiée.

Parce qu'à partir du moment où vous avez l'ADN de l'entreprise encapsulé, chaque modèle IA sera de plus en plus utile pour vous... alors qu'en continuant à travailler en mode "posts-it" sur le coin de l'ordinateur... chaque nouveau modèle ne sera rien d'autres qu'un génie... amnésique.

Je discutais de cette idée avec un client (un dentiste qui a son cabinet)... et là il me dit :

"Mais en fait, je pourrais laisser un agent faire la veille entre nos pratiques actuelles et les avancées technologiques".

Bingo.

On a un flux d'informations externes (de la veille légale, technologiques, etc) qui est capturé et analysé puis comparé aux processus/checklistes actuelles.

Le Cerveau Numérique comme socle pour mener à bien ce projet ET extraire l'expertise

Là où les "seconds cerveaux" populaires se concentrent sur la prise de notes et la création de contenu, le Cerveau Numérique que j'installe chez mes clients a comme vocation de visualiser le travail en cours (projets, tâches isolées, rendez-vous) et de réunir tout ça dans un agenda dynamique.

Vous pouvez y capturer des idées, des réflexions, des retours d'expériences.

Une partie de l'expertise est naturellement présente dans cet espace... mais cette expertise nécessite d'être remise en forme.

Exemple concret : exportez les 3 derniers mois de votre agenda dans une IA et demandez-lui de lister les tâches réalisées, en commençant par les occurrences les plus élevées.

Vous venez de découvrir en quoi consiste votre travail.
Fonctionne si vous utilisez ce système.

Sur un agenda papier, ça risque de prendre un peu plus de temps.

Documenter une entreprise, c'est un projet. Sans système personnel d'organisation, la dispersion va atteindre des sommets.

Prenez Kevin Drum qui disait "Internet a rendu les gens intelligents encore plus intelligents, et les gens stupides encore plus stupides" puis tirez un parallèle avec l'IA... et vous obtenez ceci :

L'IA rendra les gens organisés encore plus efficaces, et les gens dispersés encore plus dispersés.

Le Cerveau Numérique c'est ce système, cette fondation qui permet de documenter 3x plus vite l'ADN de votre boîte... pour ensuite connecter vos collaborateurs (Humains et IA) dessus.

Et évidemment, il reste toujours...

Le Cerveau Biologique

Vous êtes tout et rien : tout parce que vous voyez le monde d'une perspective unique qui est la vôtre. Rien parce qu'il y a 100 milliards de planète dans notre galaxie, et il y a 2 trillion de galaxies dans l'univers. - Ray Dalio

Le Cerveau Biologique génère cette perspective unique que vous avez sur le monde.

Il est essentiel pour savoir quoi faire. Mais si l'expertise reste dedans, vous êtes indispensable au fonctionnement de votre boîte.

Le Cerveau Biologique, c'est le jugement et la pensée critique : savoir quoi faire, et pourquoi faut-il le faire ?

Votre Cerveau Biologique va évaluer des milliers de fois par jour ce qu'il faut faire ensuite. En lisant ces mots, plein de choses se passent en lui.

  • Faut-il installer un Cerveau Numérique ?
  • Si j'ai un Cerveau Numérique, vais-je lancer le projet de documenter mon entreprise ?
  • Et si oui, vais-je le faire avec Julien ? (Lisez ceci si vous en êtes là).

Vous venez de découvrir les 3 cerveaux.
La question qu'il reste à résoudre :

Comment extraire l'expertise et la rendre pertinente pour l'IA ?

Parce que 70% des décisions opérationnelles ne sont jamais documentées et donc le savoir critique vit dans la tête des vétérans.

Chez Commerzbank ¹, 50% de décalage entre documentation et réalité, qui a été réduit à 5% après extraction structurée.

Quand ils partent (ou quand vous n'êtes pas là) tout ralentit, parce que ce qu'il faut faire pour faire tourner la baraque n'est pas là.

Voici un point de départ pour extraire l'expertise.

Les 4 couches d'informations importantes pour l'entreprise ²

Vous pouvez l'appeler manifeste, guide, ADN, peu importe.

Profil de l'entreprise

Vision, mission, stratégie, valeurs, champ lexical, histoire, etc.
C'est ce qui permet de prendre des décisions alignées.

Personnes

Qui bosse dans l'entreprise, depuis combien de temps, leurs rôles, leurs expériences, leurs compétences, leurs passions, etc.

Mais aussi leur réseau LinkedIn.

Après tout, le commercial pourra demander à son agent de parcourir le réseau des collaborateurs de la boîte. Peut-être qu'une personne, connaît une personne, qui lui permettrait d'entrer en contact avec un décideur.

Prescriptions

Il y a 3 sous-catégories dans les prescriptions.

  • Le légal
  • Les avantages
  • Les normes

En gros, ça résume ce que l'on peut faire, pas faire, les droits et devoirs de chacun.

Est-ce que je peux venir travailler en marcel ? Est-ce que je peux appeler mon médecin pendant mon temps de travail ? Est-ce que je peux déconnecter le week-end de ma boîte mail ?

Dans les petites boîtes, ces prescriptions sont souvent implicites... et pas communiquées lors du recrutement... et c'est ce qui cause beaucoup de départs.

Processus et checklistes

La partie intéressante que JE trouve la plus intéressante. Je remets ici l'algorithme d'Elon Musk, découvert dans son excellente bibliographie (que tout le monde devrait lire avant de critiquer) :

  • 1. Questionnez chaque exigence.
  • 2. Supprimez toute partie ou processus autant que vous le pouvez.
  • 3. Simplifiez et optimisez.
  • 4. Accélérez le processus
  • 5. Automatisez.

Et là il faut bien utiliser votre cerveau biologique pour questionner les exigences et traditions (on a toujours fait comme ça), et avoir le courage de supprimer pour tester nos hypothèses (si vous ne rajoutez pas 10% de ce que vous supprimez, vous ne supprimez pas assez).

Mais admettons, vous avez votre flux à cartographier... et ensuite votre checkliste... ensuite on fait quoi ?

Si vous voulez avancer vite avec moi, pour rendre votre entreprise IA compatible le plus rapidement possible, cliquez ici.

Si vous voulez prendre votre temps et tâtonner, continuez votre lecture.

Ma manière actuelle d'extraire de l'expertise

Je saute volontairement la notion de résistance au changement.

Mais si vous débarquez demain dans vos équipes en leur demandant de tout "checklister", vous imaginez bien que ça ne va pas bien fonctionner.

Déjà il faut garder en tête que le mot organisation, processus et checkliste donne des boutons à 95% de la population.

Je pense qu'il est plus malin de :

  • Commencer par soi-même (pour comprendre et ressentir l'intérêt de la checkliste)
  • Trouver 2-3 personnes intéressées par l'idée de s'améliorer et développer des compétences IA (vous comprendrez)
  • Tester avec ces personnes sur quelques checklistes à haute valeur ajoutée

    (Mieux vaut 2 checklistes qui sont incroyables et qui rendent tout le monde accro au concept... que 100 checklistes qui sont uniquement là pour passer une certification ISO ou pour se donner bonne conscience).
  • Déployer à plus grande échelle.

Ceci dit...

Principes important pour commencer à bien checklister (et donc extraire de l'info, voire de l'expertise)

  • Commencer là où ça fait mal
  • Documenter la réalité, ne pas imaginer, ne pas optimiser (dans un premier temps)
  • Documenter ce qui a fonctionné au moins 3x (éviter de documenter les nouveaux processus qui n'ont pas été validé)

Deux types de checklistes

LIRE-FAIRE : je lis l'étape une, je fais l'étape une, je lis l'étape deux, etc. C'est la recette de cuisine.

LIRE-CONFIRMER : je fais le travail, et avant d'envoyer, publier, libérer celui-ci, je vérifie de ne rien oublier. C'est la checkliste de départ en vacances.

Phase 1 - Développement

  • Définir un objectif clair à atteindre avec cette liste de contrôle.
  • Définir la dernière tâche.
  • Définir la première tâche.
  • Lister les tâches entre deux.
  • Conserver les tâches critiques (si omise, elle compromet l'objectif de la checkliste).
  • Vérifier si chaque tâche est claire à réaliser (il n'y a pas de doute sur ce qui doit être fait).
  • Vérifier si chaque étape n'est pas déjà rappelé par une tâche qui figure déjà sur la checkliste (permet d'éviter de prendre l'utilisateur de la checkliste pour un con).
    • Mauvais exemple :
      • Sortir l'iPad
      • Vérifier la batterie
      • Mettre en charge l'iPad
    • Meilleur exemple :
      • Vérifier la batterie de l'iPad (cette action me force à sortir l'iPad et me fait mettre en charge l'iPad si besoin)
Ça peut sembler anodin, mais j'en ai bouffé de la checkliste, vu que j'ai fait passer la certification ISO 9001, 14001 et 18001 a une grande entreprise Suisse (dans une autre vie)... et ce que je vois souvent, c'est la difficulté d'avoir un document de travail clair et concis.

Phase 2 - Édition

  • Est-ce que le titre est clair ?
  • Est-ce que le langage est simple ?
  • Est-ce que le format est clair ?
  • Est-ce que ça tient sur une page ?
  • Est-ce que c'est accessible en quelques secondes ?

Vous pouvez avoir le meilleur livre de recettes de cuisine, si celui-ci se trouve dans la cave, votre travail ne sert à rien.

Point très important, dans mon programme sur le sujet, l'accessibilité est autant importante (voire plus importante) que la checkliste en soi.

Phase 3 - Validation

  • Avez-vous testé la checkliste avec un résultat probant ?
  • Mieux encore : avez-vous fait tester la checkliste avec un résultat probant ?
  • Est-ce possible de détecter les erreurs à temps ?
  • Est-ce que ça facilite le travail ?
  • Est-ce rapide à compléter ?

Phase 4 - Amélioration

  • Utiliser les erreurs pour améliorer les checklistes

Point important pour se faciliter la vie, extraire plus d'expertise, et utiliser l'IA dans l'extraction

Pensez à vous filmer en train de faire le travail. Derrière un écran, j'utilise le logiciel loom.

En vous filmant, commentez à voix haute ce que vous faites, comme si vous expliquiez comment faire le travail à une personne qui n'y connaît rien.

Avec Loom, vous pouvez ensuite copier la retranscription texte de votre vidéo, qui permettra à une IA de vous générer une checkliste (il suffira de lui avoir donné les étapes 1 et 2 que j'ai rédigé ci-dessus, avec votre transcript, pour avoir un bon résultat).

Les obstacles à l'extraction (et début de solution)³

1. Distinguer la connaissance tacite de la connaissance explicite

La connaissance tacite ne peut pas se transmettre par explication, elle s'acquiert par pratique.

Comment enseigner le vélo ?

Appliqué à vos checklistes : avant de documenter les étapes, demandez-vous si chaque étape est explicable ou si elle demande du jugement accumulé.

Les étapes qui demandent du jugement doivent être accompagnées d'un exemple de décision passée, pas juste d'une instruction.

2. Distinguer cause proximale et cause racine

Dans une checkliste, la majorité des étapes documentent la cause proximale, ce qu'on fait.

La cause racine, pourquoi on le fait ainsi et pas autrement, n'est presque jamais capturée.

Vous pouvez donc ajouter pour chaque étape critique une ligne "Pourquoi cette étape existe" avec le contre-exemple, ce qui se passe si on la saute.

(Et là, pour conserver un document clair, il faut commencer à trouver un bon outil, parce que Word ça ne va pas le faire)

3. Documenter les arbres de décision, pas seulement les séquences

Les experts ne font pas des séquences linéaires pour traiter des problèmes.

Dans ce cas je fais X, mais si Y alors je fais Z.

Les checklistes LIRE-FAIRE sont des séquences linéaires. Pour les tâches à expertise réelle, il faut ajouter une section "Cas particuliers" qui capture ces bifurcations. Format suggéré : Si [condition], alors [variation de l'étape].

4. Capturer les erreurs passées comme étapes de checkliste

"Pain + Reflection = Progress." - Ray Dalio

Ou "On n'apprend pas de notre expérience, mais notre réflexion sur notre expérience" - John Dewey

Appliqué à vos checklistes, chaque erreur réelle (et douloureuse) commise sur une tâche devrait générer une étape dans la checkliste LIRE-CONFIRMER correspondante.

Pas une tâche générique, une tâche qui nomme l'erreur exacte.

Exemple : pas "vérifier les liens" mais "vérifier le lien du bouton CTA, j'ai perdu 3 mois de travail en lançant une formation sans le bon lien sur le bouton CTA commander"

5. Séparer les étapes observables des étapes de jugement

L'expertise tacite vit dans les étapes de jugement (Cerveau Biologique donc) celles qu'on ne peut pas décrire avec un verbe observable.

Réflexion : dans chaque checkliste, identifier explicitement les étapes qui nécessitent du jugement et les annoter avec le critère de décision utilisé par l'expert.

L'IA peut exécuter les étapes observables. Les étapes de jugement restent documentées comme référence, pas comme instruction.

Extraire de l'expertise et documenter son entreprise, ça prend du temps.

Mais ne pas le faire, c'est rester du mauvais côté de l'IA.

Si vous pensez être largué par l'IA, vous avez désormais un avantage sur tous ceux qui croient la maîtriser parce qu'ils utilisent les derniers modèles.

L'enjeu n'est pas le modèle, ni l'outil.

Ceux-ci vont évoluer à une vitesse inimaginable aujourd'hui. Et pour profiter de ces changements à venir, pour être dans le train de l'IA agentique, vous savez désormais ce qu'il reste à faire.

Cerveau Numérique -> Cerveau Agentique.

Au boulot et...

Restez PRO.

Sources

¹ https://fortune.com/2026/03/23/interloom-ai-agents-raises-16-million-venture-funding/

² Ces 4 types d'informations proviennent du livre "The business playbook"

³ The Principles Sequence de Cedric Chin

Julien Gueniat

Julien Gueniat

Fondateur d'Organisologie.com. Auteur de 3 livres (Eyrolles, Dunod). Ex-commandant de compagnie dans les troupes de sauvetage (gestion de 150 hommes). Titulaire d'un brevet fédéral en leadership et management. Papa.