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Marge de sécurité : L’art de prendre des décisions quand on manque d’information


Quels que soient les projets que l’on entreprend, il y a toujours une part d’incertitude et de risques auquel on fait face. 


Quand on créer une entreprise, on ne sait jamais exactement combien de clients on signera. On peut avoir une approximation ou une fourchette en tête, mais rien de plus. De même quand on investit en bourse, on ne connaît jamais précisément le retour sur investissement que l’on obtiendra. Et quand on commence un projet créatif, il est toujours difficile d’estimer le temps que cela prendra


Cette part d’incertitude est déstabilisante, car elle limite non seulement notre capacité à prendre de bonnes décisions, mais nous expose aussi à prendre des risques.


  • Alors, comment gérer efficacement cette part d’incertitude ? 
  • Comment prendre efficacement des décisions malgré le manque d’information ?
  • Et comment limiter les risques ?

C’est ce que l’on va voir maintenant avec le modèle mental de la marge de sécurité.


Qu’est-ce que la marge de sécurité ?


La marge de sécurité est un modèle mental que nous utilisons tous régulièrement sans nous en rendre compte. C’est un modèle qui consiste à prévoir plus que nécessaire et à mettre en place des systèmes pour mieux appréhender l’inconnu.


Quand on voit que le temps est gris par exemple et que l’on prend un parapluie, ce que l’on fait vraiment en réalité c’est prévoir une marge de sécurité au cas où la pluie se mettrait à tomber. Et quand on invite des amis à manger chez nous et que l’on fait un peu plus à manger que nécessaire, là aussi on prévoit une marge de sécurité. On veut éviter qu’il n’y ait pas assez. 


Dans les parties suivantes, nous allons donc voir quelques situations concrètes dans lesquelles la marge de sécurité se révèle utile. 


La marge de sécurité en finance


Un couple qui gagne 4500 euros par mois pourrait être tenté de dépenser la totalité de ce qu’il gagne chaque mois. 1500 euros dans le prêt d’une maison, 500 euros en nourriture, 500 euros dans le prêt d’une voiture et 2000 euros dans diverses assurances, loisir et achats de gadgets. 


Seulement en gérant leur argent de cette manière, ils prennent le risque de se retrouver en difficulté le jour où ils auront un imprévu. Une voiture qui tombe en panne, un problème de plomberie, une inondation… peuvent rapidement faire basculer leur équilibre financier.


C’est pourquoi il est souvent recommandé de vivre légèrement en dessous de son niveau de vie de manière à pouvoir épargner chaque mois. Cela permet de se constituer une épargne de sécurité en cas de coup dur.


La marge de sécurité est tout aussi valable quand on investit. Cette marge doit d’ailleurs être plus ou moins grande selon le risque que l’on prend comme l’indique Andrew Kilpatrick dans son livre The Story of Warren Buffett :


Si vous appréhendiez parfaitement l’entreprise [dans laquelle vous voulez investir] ainsi que son futur, vous auriez très peu besoin de marge de sécurité. Donc plus l’entreprise est vulnérable [...] plus grande la marge de sécurité doit être. Si vous conduisez un camion sur un pont qui disons peut supporter 4500 kg et que votre véhicule pèse 4350 kg, si votre pont est 3 cm au-dessus d’une petite fausse qu’il recouvre, vous pouvez vous sentir OK, mais si c’est au-dessus du Grand Canyon, vous voudrez une plus grande marge de sécurité. 


En d’autres termes plus le risque est important, plus la marge de sécurité doit être grande pour faire face à de potentiels problèmes.


La marge de sécurité et la santé


La marge de sécurité est également un modèle très utilisé dans le milieu de la santé. Et on peut facilement comprendre pourquoi.


Le corps est complexe, il y a tellement de choses que nous ne connaissons pas et ne maitrisons pas que garder une marge de sécurité est souvent la meilleure option - à commencer par la prise médicamenteuse.


Des médicaments tels que le Tylenol ou l’Advil par exemple sont recommandés en cas de maux de tête ou de douleurs et ne sont pas dangereux en dessous d’un certain seuil. 


En revanche si les prises de ces médicaments deviennent trop fréquentes, le risque de développer toutes sortes de complications (troubles du foie et des reins, crises cardiaques…) augmente. C’est pourquoi on doit prévoir une marge de sécurité afin de prendre une dose suffisante pour se soigner, mais pas une dose trop importante pour ne pas développer tous ces problèmes.


La marge de sécurité s’observe également chez les chirurgiens qui opèrent leurs patients atteints de cancer. Généralement, ceux-ci ne se contentent pas de retirer la tumeur, mais retirent également la partie qui entoure la tumeur afin de garder une marge de sécurité au cas où le cancer se serait répandu sur ces parties là. 


La marge de sécurité dans le domaine de la santé est cruciale. C’est grâce à elle que l’on évite les risques d’overdose et que l’on sauve des vies. 



La marge de sécurité et les projets


Quelle que soit la taille de nos projets, il est difficile de savoir avec précision le temps qu’ils prendront


Parfois, ils prennent plus de temps. Imprévus, manque de motivation, complications, manque de ressources… sont autant de raisons qui nous font perdre du temps et ralentissent l’accomplissement de nos projets.


Parfois, ils prennent moins de temps. Parce qu’on évalue mal la difficulté des étapes du projet, parce qu’on travaille plus dur ou parce que les idées nous viennent plus rapidement.


Il y a tellement de paramètres qui rentrent en compte lorsque l’on gère un projet, qu’il est souvent impossible de savoir avec précision quand on l’aura terminé. 


Pour planifier correctement nos projets, il est donc nécessaire de toujours prévoir un peu plus de temps supplémentaire pour avoir une marge de sécurité. De cette façon même si le projet prend du retard on reste malgré tout dans les clous et si le projet se termine plus tôt que prévu on peut prendre de l’avance sur nos autres tâches et projets.


La marge de sécurité et le travail


Lorsque l’on prépare un marathon, il est recommandé de courir environ 80 km par semaine. On dit souvent que courir plus est contre-productif, car les gains d'entraînement sont minimes en comparaison des risques de blessure qui eux augmentent considérablement à chaque kilomètre supplémentaire couru. 


Il est donc conseillé de toujours garder un peu d’énergie après chaque entraînement afin de ne pas se blesser et s'épuiser.


Pour travailler efficacement, on doit garder en tête la même logique. 


Beaucoup d’entrepreneurs, freelanceurs et employés s'épuisent au travail. Ils prennent des pauses de plus en plus courtes voir pas de pauses du tout et finissent le travail tard le soir en pensant être plus productif. Seulement sur le long terme, ce type de comportement augmente considérablement les risques d’épuisement au travail, de dépression, de stress et de burn-out. 


Au lieu de travailler plus dur, on doit plutôt apprendre à travailler intelligemment :


Ne travaillez pas plus dur, mais plutôt :


  • Éliminez les distractions
  • Arrêtez de faire “du faux travail” (microtâches…)
  • Demandez de l’aide
  • Planifiez
  • Sollicitez la critique
  • Automatisez ce qui est automatisable
  • Contactez vos mentors
  • Faites du sport
  • Dormez plus


Peu importe ce que vous faites, ne travaillez pas plus dur. Ce n’est presque jamais la réponse” Haseeb Qureschi


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Pour conclure, on voit bien que le modèle de marge de sécurité est très puissant et s’applique à beaucoup de situations. 


Qu’il s’agisse de choses futiles telles que prendre un parapluie lorsqu’il fait gris, ou de choses vitales telles que retirer la partie saine autour d’une tumeur, ce modèle permet d’éviter les catastrophes. Il reste la meilleure arme que nous ayons face à l’inconnu.



Bio: Simon Cavé est le fondateur d’Everlaab, le blog minimaliste dédié à tous les passionnés de productivité et de performance mentale. Il interviewe régulièrement des personnalités (millionnaires, astronaute, agent de la CIA..). 

  • Marine Katze dit :

    Salut !

    Clair que la marge de sécurité est importante.

    « C’est pourquoi il est souvent recommandé de vivre légèrement en dessous de son niveau de vie de manière à pouvoir épargner chaque mois. Cela permet de se constituer une épargne de sécurité en cas de coup dur. »

    « légèrement » : pas forcément, mais de dépenser moins que ses revenus oui, après on peut aussi vivre « beaucoup » en dessous, tout dépend des possibilités, objectifs et buts de chacun.
    D’ailleurs l’épargne de sécurité on appelle aussi souvent ça « matelas de sécurité » avec l’image « d’amortir » les chocs : on sait qu’on a de fortes chances de s’en prendre dans la figure, on n’en connaît pas forcément les paramètres (genre, ampleur, etc.)

    La marge de sécurité c’est donc vraiment propre à chacun, tout dépend du degré d’aversion que l’on a au risque. Ce n’est pas bien ou mal, faut juste le prendre en compte.

    Souvent en investissement j’ai lu des trucs du genre « investissez uniquement l’argent que vous êtes prêt à perdre ». Quelle est ta vision là dessus ?

    Le problème de la marge de sécurité en matière de santé c’est que là aussi, on est tous très différents. Donc là aussi, ça ne va pas être la même. Et plus souvent qu’on ne le voudrait, on n’a pas conscience de la marge qu’il nous faudrait car se baser sur « la moyenne » n’est pas forcément des plus pertinents (la moyenne de quoi d’abord ? De tout le monde, de l’entourage, de la famille?)

    C’est le problème de faire « comme la moyenne » par exemple parce qu’on ne sait pas ce qu’on ne sait pas et de se rendre compte qu’en fait notre seuil de tolérance était bien plus bas… parfois trop tard une fois les dégâts faits. On peut toujours le prendre en compte ensuite mais pas forcément pouvoir revenir à une sorte « d’état initial » alors que d’autres auront pris plus de risque et ne subiront aucune conséquence négative (ou bien plus tard).

    Toujours en matière de santé, on sait aussi maintenant par des études et ce qui touche à l’épigénétique qu’un individu peut prendre de gros risques en matière de santé, en subir pas ou peu de conséquence. Mais que sa descendance aura plus de risque de subir elle des conséquences avec une sensibilité au risque plus accrue.

    Du coup dans plus de domaines qu’a priori, on peut évaluer et se donner une marge de sécurité pour soi mais aussi pour les autres (notre entourage direct, nos descendant, les gens que notre vie impacte). Ça complexifie la problématique risque/marge de sécurité.
    Comment tu vois ça ? Tu le prends en compte ?

    C’est en tous les cas une bonne habitude à avoir que de prévoir des marges de sécurité dans un maximum de domaine. Ce n’est pas forcément évident mais une petite marge est toujours mieux que pas de marge du tout. D’où l’importance d’être au clair sur nos priorités, parce que pour avoir ne serait-ce qu’un peu de marge dans certains domaines, on doit faire des choix de réduire ou abandonner certains trucs.

    Excellente soirée 😉

  • Simon Cave dit :

    Merci pour ton commentaire @marine-katze , c’est un très bon complément à cet article. C’est vrai que la marge de sécurité peut également se voir transgénérationnellement, tu l’expliques bien en matière de génétique mais encore une fois c’est vrai en matière financière. Un individu peut très mal gérer ses finances et en payé relativement peu les frais en comparaison des générations futures qui payeront les pots cassés.

    Quand à l’adage « investissez uniquement l’argent que vous êtes prêt à perdre », je suis assez d’accord car derrière cela il y a la notion de sensibilité au risque. Chacun est différent en matière de prise de risque. Certains n’ont aucun problème à prendre d’énorme risque (mesuré) pour accomplir leur vision. Je pense notamment à Elon Musk qui à l’époque était millionnaire et n’a pas hésité à mettre en jeux tout son argent pour fondé de nouvelles entreprises à tel point qu’il était obligé de demandé à certains proches de l’aider à payer son loyer. Pour le coup lui était prêt à tout perdre.

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